Technitium DNS Server est un serveur DNS gratuit et open source qui assure la résolution récursive complète, l’hébergement de zones autoritaires et le blocage de publicités à l’échelle du réseau, le tout depuis un seul binaire. Contrairement à Pi-hole ou AdGuard Home, qui filtrent les requêtes puis les transmettent à un résolveur amont comme Cloudflare ou Google, Technitium peut parcourir toute la chaîne DNS lui-même, depuis les serveurs racine, sans dépendre de l’infrastructure de personne d’autre.
D’où vient Technitium DNS Server
Technitium Software, une petite structure basée à Mumbai, publie la première version de DNS Server en novembre 2017, à destination des développeurs qui voulaient simuler des configurations DNS réelles en local, aux côtés de ses autres outils comme TMAC (changeur d’adresse MAC) et Mesh (messagerie pair-à-pair). Le projet est depuis devenu un résolveur de niveau production, avec sa communauté sur r/technitium, toujours porté par une petite équipe plutôt que par une fondation comme celle derrière Pi-hole.
Licence : Technitium DNS Server est distribué sous licence GPL-3.0 (GNU General Public License v3), confirmée directement depuis le fichier LICENSE du dépôt GitHub TechnitiumSoftware/DnsServer, pas déduite d’un simple badge. Même famille de licence qu’AdGuard Home, plus stricte que l’EUPL-1.2 de Pi-hole. Une installation personnelle non modifiée ne déclenche pas les obligations de partage de code de la GPL : elles ne s’appliquent qu’à partir du moment où vous redistribuez le logiciel lui-même.
En bref : Site officiel technitium.com/dns · GitHub TechnitiumSoftware/DnsServer, 9 200+ étoiles · Version actuelle v15.4 · Image Docker technitium/dns-server
Un résolveur récursif complet, pas seulement un relais
Pi-hole et AdGuard Home sont des sinkholes : ils vérifient un domaine face à des listes de blocage puis, s’il est propre, transmettent la requête à votre résolveur amont configuré. Technitium sait faire pareil, mais n’en a pas besoin. Basculez-le en mode récursif plutôt qu’en relais, et il interroge lui-même les serveurs racine, puis les serveurs de TLD, puis le serveur faisant autorité pour le domaine demandé : le travail que fait votre FAI ou Cloudflare, mais sur votre propre matériel. Aucun tiers ne voit votre flux de requêtes, et cela ouvre aussi la possibilité d’héberger les zones de vos propres domaines sur ce même serveur. C’est un métier différent de celui que visent Pi-hole ou AdGuard Home, ce qui explique pourquoi les discussions homelab présentent de plus en plus Technitium comme une troisième option, pas comme un remplaçant direct.
Fonctionnalités clés
Au-delà de ce clivage récursif/autoritaire, la liste de fonctionnalités est longue pour un logiciel qui tient dans un seul conteneur : listes de blocage pour la publicité et les malwares, DNS-over-HTTPS/TLS/QUIC natifs côté client comme côté relais amont, validation DNSSEC et signature de zones, serveur DHCP intégré, clustering, authentification unique via OpenID Connect, et une API HTTP complète derrière la console web. En creusant, il y a aussi les transferts de zone, les zones de catalogue, et des réponses en split-horizon ou géolocalisées grâce au système de DNS Apps, avec un débit que les benchmarks du projet situent au-delà de 100 000 requêtes par seconde sur du matériel de bureau ordinaire.
Installer Technitium DNS Server avec Docker
Technitium maintient sa propre image Docker officielle. Un fichier compose minimal couvrant le service DNS et la console web :
services:
dns-server:
container_name: dns-server
hostname: dns-server
image: technitium/dns-server:latest
ports:
- "5380:5380/tcp" # console web (HTTP)
- "53:53/udp" # service DNS
- "53:53/tcp" # service DNS
environment:
- DNS_SERVER_DOMAIN=dns-server
volumes:
- config:/etc/dns
- logs:/var/log/technitium/dns
restart: unless-stopped
volumes:
config:
logs:
docker compose up -d
Ouvrez http://localhost:5380 : la console se connecte automatiquement avec les identifiants par défaut admin/admin, donc changer ce mot de passe est la toute première chose à faire. Vous voulez exposer le DNS-over-TLS, le DoH, le DoQ ou le serveur DHCP intégré à votre réseau ? Le docker-compose.yml complet du projet liste tous les ports et variables d’environnement optionnels, y compris DNS_SERVER_ADMIN_PASSWORD pour définir le mot de passe dès le premier démarrage plutôt que depuis l’interface.
Matériel : Technitium est une application .NET multiplateforme avec des builds officiels pour Windows, Linux, macOS et Raspberry Pi (arm7 et au-delà ; l’arm6 des tout premiers Pi 1 et Pi Zero n’est pas pris en charge). Assez léger pour partager un NAS ou un mini PC, sans GPU ni base de données, même si la récursion complète demande plus de CPU et de disque qu’un simple sinkhole puisqu’il résout lui-même toute la chaîne au lieu de réutiliser le cache d’un tiers. Notre guide auto-hébergement pour débutants détaille comment choisir le matériel pour ce type de service permanent.
Nous classons Technitium DNS Server en difficulté Moyenne, pas Facile comme Pi-hole et AdGuard Home. L’installation Docker est même plus simple sur le papier : un seul conteneur, pas de mot de passe enfoui dans les logs. Ce qui fait monter la difficulté, c’est tout ce qui vient après ce premier écran : en tirer une vraie valeur suppose de comprendre la différence entre récursion et relais, de savoir quand des zones autoritaires valent la peine d’être configurées, et si le DNSSEC ou le clustering méritent leur configuration. Pi-hole et AdGuard Home sont globalement terminés une fois le routeur pointé vers eux ; Technitium continue de rapporter à mesure qu’on passe du temps dans ses réglages.
N’exposez jamais le port 53 (ni le 5380) à l’internet public. Comme n’importe quel résolveur DNS, Technitium est une cible pour les attaques par amplification et réflexion DNS : un attaquant usurpe l’adresse d’une victime, envoie de petites requêtes à tous les résolveurs ouverts qu’il trouve, et chacun répond par une réponse bien plus volumineuse vers la victime. Gardez-le sur votre LAN, et passez par un VPN ou un réseau maillé comme Tailscale pour administrer la console web à distance plutôt que de rediriger des ports. Nous faisons la même remarque pour Pi-hole et AdGuard Home.
Technitium face à Pi-hole et AdGuard Home
Les trois bloquent la publicité au niveau DNS. Ce qui les distingue vraiment, c’est la quantité de serveur DNS qu’il y a sous la liste de blocage :
| Catégorie | Technitium DNS Server | Pi-hole | AdGuard Home |
|---|---|---|---|
| Licence | GPL-3.0 | EUPL-1.2 | GPL-3.0 |
| Rôle principal | Serveur DNS récursif et autoritaire complet | Sinkhole / relais | Sinkhole / relais |
| Résolution récursive (sans amont) | Intégrée | Non prise en charge | Non prise en charge |
| DNS chiffré (DoH/DoT/DoQ) | Intégré, côté client et serveur | Nécessite un logiciel supplémentaire | Intégré |
| Validation et signature DNSSEC | Intégrées | Non prises en charge | Non prise en charge |
| Hébergement de zones autoritaires | Intégré | Non pris en charge | Non pris en charge |
| Serveur DHCP | Optionnel, intégré | Optionnel, intégré | Optionnel, intégré |
| API d’administration | API HTTP complète | Partielle | Partielle |
| Courbe d’apprentissage | Plus raide, plus de concepts DNS | Faible | Faible |
Choisissez Pi-hole ou AdGuard Home si le blocage de publicité à l’échelle du réseau est le seul objectif. Choisissez Technitium si vous voulez en plus un résolveur qui ne dépend de l’infrastructure de personne d’autre, si vous comptez héberger vous-même les enregistrements DNS de votre domaine, ou si vous voulez du DNSSEC et des transferts de zone sans ajouter un second logiciel. Vous pouvez même faire tourner Technitium en résolveur récursif derrière le relais de Pi-hole ou d’AdGuard Home, pour combiner filtrage et récursion complète.
Technitium DNS Server : avantages et inconvénients
- Résolveur récursif complet, sans dépendance à un tiers pour la résolution DNS
- DNSSEC, DNS chiffré, DHCP, clustering et hébergement de zones autoritaires, tout intégré dans un seul binaire
- Gratuit et open source sous licence GPL-3.0, image Docker officielle, et builds natifs pour cinq plateformes dont Raspberry Pi
- Cœur asynchrone haute performance, plus de 100 000 requêtes par seconde selon les benchmarks du projet sur du matériel de bureau ordinaire
- Écosystème de listes de blocage et d’outils communautaires plus restreint que celui de Pi-hole : le blocage de publicité est ici une fonctionnalité parmi d’autres, pas l’argument principal
- Davantage de concepts à maîtriser pour en tirer toute la valeur : récursion contre relais, zones, DNSSEC
- Une panne ou un redémarrage coupe le DNS pour tous les appareils qui en dépendent, le même compromis de point unique de défaillance que n’importe quel serveur DNS local
- Ne bloque que ce que le DNS peut voir : les publicités partageant le domaine du contenu lui-même passent quand même
Les alternatives à connaître
Pi-hole et AdGuard Home restent les deux points de départ les plus courants pour le blocage de publicité réseau, chacun avec son test complet. NextDNS reprend la même idée en service cloud, sans matériel nécessaire. Commencez par Pi-hole ou AdGuard Home pour le blocage le plus simple à mettre en place ; passez à Technitium quand vous voulez le serveur DNS lui-même, pas seulement la liste de blocage.
Parcourez notre archive Réseau & Sécurité pour plus d’outils réseau pour votre homelab.
FAQ
Technitium DNS Server est-il un remplaçant de Pi-hole ?
Ça peut l’être, puisqu’il bloque aussi la publicité via des listes de blocage, mais ce n’est qu’une fonctionnalité parmi d’autres, pas son objectif principal. Pi-hole et AdGuard Home existent spécifiquement pour le blocage de publicité réseau avec l’installation la plus simple possible. Technitium est un serveur DNS récursif et autoritaire généraliste qui inclut du blocage au passage, plutôt destiné à ceux qui veulent garder le contrôle sur le DNS lui-même.
Faut-il comprendre le DNS pour utiliser Technitium ?
Pas pour un blocage de publicité basique : l’installation par défaut fonctionne dès la sortie de la boîte, récursion activée. Mais ses fonctionnalités plus poussées, zones autoritaires, DNSSEC, relais conditionnel, supposent une certaine familiarité avec le fonctionnement de la résolution DNS, ce qui est la principale raison pour laquelle nous le classons en difficulté Moyenne plutôt que Facile.
Technitium DNS Server est-il gratuit ?
Oui. Il est gratuit et open source sous licence GPL-3.0, avec le code source, l’image Docker officielle et les installeurs natifs tous disponibles sans frais. Le projet accepte les dons via Patreon, mais ne verrouille aucune fonctionnalité de DNS Server derrière un paiement.