Un kit DDR5-6400 de 128 Go se vend aujourd’hui 3 399 $ aux États-Unis. Le même kit est déjà descendu à 329 $ par le passé. Dix fois moins. Tom’s Hardware, qui suit ces tarifs semaine après semaine, a publié le 17 août 2026 un relevé où le prix RAM grimpe jusqu’à 500 % sur douze mois selon les références.
Avant de ranger ça au rayon des problèmes américains : le site allemand ComputerBase mesure la même tendance de ce côté-ci de l’Atlantique. Il relève cette semaine-là des prix moyens de mémoire vive en Europe en hausse de 345 % par rapport à septembre 2025. Et pour qui assemble un NAS, la mauvaise nouvelle ne s’arrête pas à la RAM : sur la même période, les disques durs et les SSD montent tous les deux de plus de 125 %.
Tous les montants cités ici sont des prix relevés aux États-Unis, en dollars. Ils ne se transposent pas tels quels sur une boutique française. L’ampleur des écarts, elle, se lit sans traduction.
Le prix RAM du jour face au plus bas jamais enregistré
Tom’s Hardware compare le tarif actuel de chaque kit au plancher historique qu’il a lui-même enregistré pour la même référence.
| Kit DDR5 | Prix actuel | Plus bas relevé |
|---|---|---|
| 6400, 128 Go | 3 399 $ | 329 $ |
| 6000, 96 Go | 1 799 $ | 189 $ |
| 6000, 64 Go | 849 $ | 159 $ |
| 6000, 48 Go | 689 $ | 144 $ |
| 6000, 32 Go | 392 $ | 72 $ |
| 5200, 16 Go | 239 $ | 52 $ |
Les moyennes PCPartPicker racontent la même chose sur douze mois, d’août 2025 à août 2026. Un kit DDR5-5600 en 2×32 Go passe de 191 $ à 1 118 $, soit +485 %. Le 6000 MT/s en 2×32 Go suit de près, de 222 $ à 1 272 $ (+473 %). Les kits plus modestes ne s’en sortent pas mieux : 2×16 Go en 6000 MT/s à +429 % (108 $ à 572 $), en 5200 MT/s à +380 % (100 $ à 480 $), en 4800 MT/s à +372 % (90 $ à 425 $) et en 5600 MT/s à +355 % (116 $ à 528 $).
Rester en DDR4 ne protège plus
Le réflexe évident, quand la DDR5 devient inabordable, c’est de garder sa vieille plateforme. Sauf que tout le monde a eu ce réflexe en même temps. La ruée sur les machines plus anciennes a tiré la DDR4 vers le haut par report, avec des hausses moins spectaculaires mais bien réelles sur douze mois :
- 3200 MT/s, 2×32 Go : 222 $ à 614 $ (+177 %)
- 3600 MT/s, 2×32 Go : 300 $ à 789 $ (+163 %)
- 3200 MT/s, 2×16 Go : 105 $ à 281 $ (+168 %)
- 3200 MT/s, 2×8 Go : 63 $ à 163 $ (+159 %)
- 3600 MT/s, 2×8 Go : 75 $ à 165 $ (+120 %)
D’où vient la hausse
L’origine du choc est un déséquilibre entre l’offre et la demande provoqué par l’IA. Les acheteurs hyperscale auraient déjà verrouillé la quasi-totalité de la capacité mondiale de production DRAM pour 2027, acomptes versés pour sécuriser leur approvisionnement. Les fabricants de PC et de smartphones se disputent ce qui reste, et pèsent peu face aux datacenters.
La fabrication de HBM, la mémoire des accélérateurs IA, consomme énormément de couches de DRAM. Chaque galette qui part vers la HBM ne produit pas de puces mémoire standard. Résultat : la DRAM figure désormais parmi les marchandises de plus haute valeur au monde rapportée au poids, les puces grand public valant plus de la moitié du prix de l’or au kilo. Les quatre fabricants du secteur, SK hynix, Samsung, Micron et le chinois CXMT, ont doublé, triplé ou davantage leurs revenus en un an.
Les effets collatéraux touchent déjà le petit matériel : Pine64 a suspendu toute fabrication de matériel Linux au moins jusqu’à mi-2027 à cause des pénuries.
Ce que disent les industriels, et ce que ça vaut
Kwak Noh-jung, PDG de SK Hynix, annonce 2027 comme la pire année de l’histoire du secteur pour l’approvisionnement mémoire, avec une demande qui dépasserait leur capacité de production jusque vers 2030. Simon Chen, président d’ADATA, estime de son côté que la crise DRAM pourrait durer encore dix ans, et écarte l’idée d’un éclatement prochain d’une bulle IA. Tom’s Hardware en tire une lecture simple : pour que les prix grand public redescendent, il faudrait une contraction majeure du marché de l’IA, donc une correction massive des marchés financiers.
Ce sont des prévisions de dirigeants d’entreprises du secteur, pas des faits établis. Aucun de ces scénarios n’est vérifiable aujourd’hui, et personne ne sait si une bulle IA existe ni ce qu’elle ferait en éclatant. Les seules données solides de cet article restent les prix relevés.
Ce que ça change pour un serveur maison
La RAM est le facteur limitant numéro un d’un hyperviseur. Chaque VM en réserve une part fixe, chaque conteneur en consomme, et ZFS en raffole : sur TrueNAS, Unraid ou Proxmox VE, l’ARC utilise la mémoire libre comme cache de lecture. Plus il y en a, plus le stockage répond vite.
D’où le conseil classique : prends 64 Go et n’y pense plus. Ce conseil reposait sur un kit 64 Go autour de 200 $. À 849 $, il ne tient plus. Le calcul d’un build entier change quand la mémoire coûte davantage que la carte mère et le processeur réunis.
Pour l’ECC, souvent recommandé sur un NAS ZFS, la logique est la même puisque les barrettes sortent des mêmes galettes DRAM. Tom’s Hardware ne publie aucun relevé ECC dans son suivi : la hausse est attendue, mais elle n’est pas chiffrée par cette source, donc aucun montant à avancer ici.
Les options qui restent
Rien de ce qui suit n’est un conseil d’achat, et encore moins un conseil financier. Ce sont les marges de manœuvre techniques dont dispose quiconque a un projet en cours :
- Reporter l’upgrade et faire tourner l’existant plus longtemps.
- Viser moins de mémoire : 32 Go font tourner un hôte Proxmox avec une poignée de services.
- Plafonner l’ARC de ZFS, Proxmox comme TrueNAS permettent une limite dure.
- Préférer des conteneurs LXC ou Docker aux VM complètes quand le service s’y prête. Dix services conteneurisés sur 16 Go, c’est courant. Dix VM sur 16 Go, non.
- Regarder l’occasion et le matériel d’entreprise déclassé.
- Réutiliser une machine déjà là plutôt que d’en assembler une neuve.
Les relevés complets sont consultables chez Tom’s Hardware, qui tient également un index des prix DDR5 et DDR4 par capacité, mis à jour en continu.