Un NAS protège vos fichiers et les distribue sur le réseau ; un hyperviseur comme Proxmox fait tourner tout le reste, machines virtuelles et conteneurs isolés, sur la même machine physique. La plupart des homelabs finissent par vouloir les deux, et la façon la plus rapide d’y arriver sans acheter deux ordinateurs séparés est de faire tourner l’OS NAS dans une VM sur Proxmox, avec un contrôleur de disque passé directement à cette VM.
Quatre fiches détaillées existent déjà sur ce site pour la partie produit : Proxmox VE, TrueNAS, Unraid et OpenMediaVault, avec l’installation, la licence et le matériel propres à chacun. Celle-ci s’occupe de la décision qui vient avant tout ça : NAS pur, hyperviseur pur, ou une seule machine qui fait les deux.
🇬🇧 Ce guide est aussi disponible en anglais : Proxmox vs TrueNAS: NAS, Virtualization, or Both for Your Homelab
Verdict rapide : partez sur deux machines séparées si vous voulez pouvoir dépanner l’une sans jamais toucher à l’autre. Partez sur Proxmox plus une VM TrueNAS (ou Unraid) si votre budget ou votre placard n’a de la place que pour une seule machine, et que vous êtes prêt à régler l’IOMMU une bonne fois.
Qu’est-ce qui différencie vraiment un NAS d’un hyperviseur ?
Un système NAS existe pour protéger des données et les distribuer sur le réseau. TrueNAS, Unraid et OpenMediaVault le font chacun avec un moteur de stockage différent en dessous, ZFS, un array de parité, du RAID logiciel mdadm, mais le travail reste le même : transformer un tas de disques en partages SMB et NFS qui ne se corrompent pas en silence au fil des années. Un hyperviseur existe pour faire tourner plusieurs systèmes d’exploitation sur une seule machine physique, en même temps. Proxmox VE est l’option gratuite la plus populaire dans le monde du homelab, découpant une machine en VM et en conteneurs LXC légers qui restent chacun dans leur coin.
La frontière entre les deux s’est volontairement brouillée. TrueNAS et Unraid font désormais tourner Docker et de vraies VM, ce qui en fait des hyperviseurs à temps partiel. Proxmox construit sans problème des pools ZFS et les partage en NFS, ce qui en fait un NAS à temps partiel. Plus rien sur cette shortlist ne fait qu’un seul métier. Ce qui compte vraiment pour votre montage, ce n’est pas quel logiciel mérite l’étiquette « NAS », c’est quel logiciel possède les disques physiques.
NAS dédié, hyperviseur dédié, ou une seule machine qui fait tout ?
Trois architectures couvrent presque tous les homelabs. Le bon choix dépend moins du logiciel que de la confiance que vous accordez à une seule carte mère pour héberger tout ce que vous possédez.
| Catégorie | NAS dédié seul | Hyperviseur dédié seul | Combiné (Proxmox + VM NAS) |
|---|---|---|---|
| Rôle | Stockage de fichiers, sauvegardes, une bibliothèque média qui doit survivre à une panne de disque | Faire tourner plusieurs services et OS sans rapport entre eux sur une seule machine | Les deux rôles, sur une seule machine physique |
| Matériel | Un boîtier avec plusieurs baies disque, un CPU modeste | N’importe quelle machine x86 correcte ; la RAM grimpe avec le nombre de VM | Une machine plus costaude : plus de RAM, une HBA en mode IT, une carte mère compatible IOMMU |
| Isolation des pannes | Un hyperviseur mort ailleurs ne touche jamais aux données de cette machine | Un NAS mort ailleurs n’entraîne jamais les autres VM de l’hyperviseur dans sa chute | Une seule panne de carte mère peut emporter le stockage et toutes les VM d’un coup |
| Complexité de mise en place | Faible : installer, construire un pool, ajouter des partages | Faible à moyenne : installer, créer des VM | Moyenne à élevée : groupes IOMMU, passthrough HBA, réseau VM-dans-hyperviseur |
| Coût dans la durée | Une machine, consommation modeste | Une machine, consommation qui grimpe avec le nombre de VM | Une seule machine au total, le plus économique si vous ne voulez qu’un boîtier dans le placard |
| Convient à | Qui veut que le stockage fonctionne et qu’on l’oublie | Qui priorise les services, le stockage étant secondaire | Qui a le budget d’une seule machine et veut bien dépanner le passthrough une fois |
Aucune de ces options n’est objectivement la bonne. Deux machines séparées, un NAS et un hyperviseur qui se parlent sur le réseau, c’est le montage le plus indulgent à dépanner, parce qu’un kernel panic côté Proxmox ne touche jamais un fichier posé côté TrueNAS. Le montage combiné est pourtant celui que la plupart des homelabs finissent par faire tourner, en grande partie parce qu’acheter, alimenter et trouver de la place dans le placard pour deux machines demande plus d’efforts qu’apprendre le passthrough PCI une bonne fois.
Comment fonctionne concrètement le combo Proxmox + TrueNAS
Le schéma qui revient sans arrêt dans les montages homelab, c’est Proxmox VE sur le métal nu, avec TrueNAS, Unraid ou OpenMediaVault installé dans une VM, et le contrôleur SATA physique ou la HBA confiés directement à cette VM via IOMMU. TrueNAS voit alors de vrais disques plutôt qu’un fichier de disque virtuel posé sur le stockage de Proxmox, ce qui permet à ZFS de faire les sommes de contrôle et l’auto-réparation pour lesquelles il est vraiment conçu. Proxmox gère tout le reste sur le même matériel : une VM Docker, Home Assistant, une machine Windows pour la seule appli qui en a besoin.
À quoi ressemble une machine combinée qui fonctionne : Proxmox en base, TrueNAS ou Unraid dans sa propre VM avec les disques physiques, et tout le reste, Docker, Home Assistant, éventuellement une VM Windows, qui tourne à côté. Une seule connexion, un seul câble d’alimentation, une seule machine dans le placard au lieu de deux.
Un moyen rapide de vérifier si une machine Linux supporte déjà la virtualisation et IOMMU avant d’aller plus loin :
egrep '(vmx|svm)' /proc/cpuinfo
dmesg | grep -e DMAR -e IOMMU
La première ligne confirme que le CPU sait virtualiser, VT-x chez Intel, AMD-V chez AMD. La deuxième vérifie si IOMMU est réellement actif au démarrage, ce qui demande à la fois un réglage BIOS et un flag de boot noyau, pas juste du matériel compatible. La documentation officielle de Proxmox sur le passthrough PCI(e) couvre le reste en détail une fois que les deux vérifications sont passées.
Le stockage dépend désormais de la santé de l’hyperviseur. Confier un périphérique physique à une VM suppose que la carte mère expose IOMMU proprement, ce que les cartes grand public ne font pas toujours, et une HBA qui partage un groupe avec la carte réseau est une mauvaise surprise fréquente. Une fois les disques dans une VM, une mise à jour Proxmox ratée ou un hôte qui plante peut emporter le NAS avec lui, ce qui n’arrive jamais quand les deux tournent sur des machines séparées.
Le matériel qui compte vraiment pour un montage combiné
Matériel : la RAM est le premier poste à ne pas rogner. TrueNAS et OpenMediaVault tournent confortablement à partir de 16 Go environ, mais ce chiffre grimpe vite dès que des VM s’empilent sur la même machine : comptez 32 Go comme plancher réaliste pour un montage qui fait à la fois du stockage et plusieurs services. La RAM ECC vaut le petit surcoût si le budget le permet : ZFS calcule les sommes de contrôle des données en RAM avant de les écrire, donc une erreur mémoire peut en théorie corrompre des données avant même que ZFS ne s’en aperçoive. Ce n’est pas obligatoire, beaucoup de homelabs tournent très bien sans, mais pour des données qu’on ne peut pas simplement retélécharger, c’est une assurance pas chère. Pour le contrôleur de disques, le choix par défaut de la communauté est une HBA LSI flashée en mode IT, jamais une carte RAID matérielle : ZFS et l’array d’Unraid veulent tous les deux voir les disques bruts directement, données SMART comprises, et un contrôleur RAID cache tout ça derrière sa propre couche d’abstraction. Les cartes LSI 9207-8i ou 9300-8i d’occasion sont bon marché et couvrent huit disques chacune.
Avant d’acheter quoi que ce soit pour un montage combiné : vérifiez que le support IOMMU de la carte mère et l’agencement de ses groupes correspondent à ce que le montage exige vraiment. C’est la seule étape qui coûte cher à sauter.
- Vérifiez que VT-d/AMD-Vi est bien exposé dans le BIOS de la carte mère exacte utilisée, pas juste VT-x/AMD-V.
- Regardez comment les groupes IOMMU de cette carte se répartissent ; une HBA qui partage un groupe avec la carte réseau est une mauvaise surprise fréquente.
- Prévoyez le budget pour une HBA en mode IT plutôt que de recycler une carte RAID qui traîne dans un tiroir.
- Dimensionnez la RAM pour la charge la plus lourde que la machine fera tourner à un instant donné, pas pour la moyenne.
Proxmox vs TrueNAS : lequel installer en premier ?
Si la réponse honnête à « qu’est-ce que cette machine doit faire » est surtout du stockage de fichiers, installez TrueNAS, Unraid ou OpenMediaVault en premier, et ajoutez une VM ou deux plus tard, une fois que quelque chose dépasse ce que son support d’apps intégré permet. Si la réponse honnête est « un tas de services sans rapport entre eux, et peut-être un peu de stockage », commencez par Proxmox et ajoutez une VM NAS une fois le passthrough confirmé. Essayer de deviner laquelle des deux options paraîtra plus « correcte » dans l’absolu fait généralement perdre plus de temps que de choisir simplement selon ce que la machine doit faire dès le premier jour.
Nos fiches Proxmox VE et TrueNAS couvrent ce montage précis chacune de son côté : la fiche Proxmox détaille davantage IOMMU et le passthrough, la fiche TrueNAS couvre le volet ZFS et RAM du même montage.
Où se situent Unraid et OpenMediaVault dans tout ça ?
Unraid complique volontairement le cadre pur NAS-contre-hyperviseur. Son array de parité, son support Docker et ses VM KVM vivent tous dans la même licence payante, donc une seule machine Unraid peut être tout le montage combiné sans jamais toucher à Proxmox, moyennant le coût de licence que ni TrueNAS ni Proxmox ne demandent. C’est ce qui se rapproche le plus d’un vrai tout-en-un sur cette shortlist, et ça vaut le coup d’œil avant de monter la version Proxmox-plus-VM à la main. Notre comparatif TrueNAS vs Unraid couvre cette décision de stockage pur en bien plus de détail.
OpenMediaVault se situe à l’autre bout. C’est le plus léger des quatre, il tourne sur un Raspberry Pi, et il a surtout du sens soit comme petit NAS autonome sur du matériel modeste, soit comme VM légère dans une machine Proxmox pour qui ne veut ni de l’appétit en RAM de ZFS ni du coût de licence d’Unraid pour ce qui reste, au fond, un volume de données modeste.
Erreurs à éviter
- Passer toute une HBA à une VM sans vérifier les groupes IOMMU d’abord, et découvrir ensuite qu’elle est regroupée avec la carte réseau.
- Stocker l’unique copie de quoi que ce soit sur une machine combinée sans sauvegarde séparée, parce que « l’hyperviseur est juste à côté » n’est pas une stratégie de sauvegarde.
- Sous-dimensionner la RAM pour la charge combinée, puis se demander pourquoi ZFS et trois VM se battent tous pour les mêmes 16 Go.
- Recycler une vieille carte RAID matérielle au lieu d’acheter une HBA flashée pas chère, puis chasser des erreurs disque fantômes pendant une semaine.
FAQ
Peut-on faire tourner TrueNAS en toute sécurité comme VM sur Proxmox ?
Oui, et c’est l’un des montages homelab les plus courants qui soient, à condition que le contrôleur de disques physique soit passé via IOMMU plutôt que de présenter à TrueNAS des disques virtuels. Le compromis, c’est que la disponibilité de TrueNAS dépend désormais de la bonne santé de l’hôte Proxmox, ce qu’un NAS totalement séparé évite.
Faut-il de la RAM ECC pour une machine combinée NAS et virtualisation ?
Non. TrueNAS et Unraid tournent tous les deux très bien sur de la RAM non-ECC, et c’est ce que fait la plupart des homelabs. L’ECC réduit le risque déjà faible qu’une erreur mémoire corrompe des données avant que ZFS ne les vérifie, ce qui compte d’autant plus que vos données sont irremplaçables. Traitez-la comme un plus à ajouter si le budget le permet, pas comme un prérequis qui empêche de démarrer.
Unraid est-il une bonne alternative à monter Proxmox plus TrueNAS à la main ?
Pour beaucoup de monde, oui. Unraid regroupe l’array, Docker et les VM dans une seule licence et une seule interface, en évitant complètement la mise en place du passthrough IOMMU. Le compromis, c’est le coût de la licence, et le fait de renoncer aux sommes de contrôle de ZFS à moins d’ajouter par-dessus un pool de cache ZFS, ce qu’Unraid permet sans l’imposer.
Et si ma carte mère ne supporte pas IOMMU ou VT-d ?
Alors le passthrough n’est pas possible sur cette carte, et l’approche tout-en-un sur une seule machine n’est pas vraiment envisageable sans changer de matériel. Un NAS dédié sur une machine et Proxmox, ou simplement Docker, sur une autre, reste la solution de repli, et ce n’est franchement pas un montage inférieur, juste différent, avec une machine de plus à alimenter.
Un débutant doit-il commencer par un NAS ou par Proxmox ?
Selon le problème qui existe vraiment aujourd’hui. Si le stockage est le point de douleur, des photos éparpillées sur plusieurs disques, ou une bibliothèque média qui a dépassé un seul disque, commencez par un NAS et son OS de choix. Si le point de douleur, c’est vouloir faire tourner plusieurs services sans rapport sans qu’ils se marchent dessus, commencez par Proxmox. Notre guide de démarrage homelab pour débutants couvre cette décision à un stade encore plus précoce, avant même que l’un ou l’autre soit sur la table.
Une fois l’architecture choisie, les quatre fiches individuelles de ce site couvrent ce qui change vraiment d’une machine à l’autre : Proxmox VE côté hyperviseur, TrueNAS pour un NAS bâti sur ZFS, Unraid pour l’option payante tout-en-un array-plus-VM, et OpenMediaVault pour le NAS le plus léger, à l’aise sur Raspberry Pi. Portainer vaut la peine d’être ajouté une fois Docker en route sur l’une de ces machines, pour un tableau de bord plutôt que des sessions SSH pour gérer les conteneurs. Notre comparatif TrueNAS vs Unraid creuse la décision de stockage pur si Proxmox n’est même pas dans l’équation, et le guide de démarrage homelab pour débutants est le bon point de départ si rien de tout ça n’est encore réglé.