Un Raspberry Pi 5 en 8 Go de RAM coûte aujourd’hui plus cher que ce à quoi la plupart des gens s’attendent, et il reste incapable de transcoder un film en 4K aussi bien qu’une puce Intel Quick Sync vieille de dix ans. Ce n’est pas un reproche fait à la carte. C’est plutôt un rappel : « ça tourne sur un Raspberry Pi » et « ça tourne bien sur un Raspberry Pi » sont deux affirmations différentes, et les forums homelab ont tendance à confondre les deux. Voici ce qu’un Pi encaisse sans forcer, ce qu’il fait tourner techniquement mais ne devrait pas, et ce qu’il vaut mieux éviter complètement.
Vous débutez tout juste ? Notre guide de configuration homelab pour débutants couvre le choix du matériel plus largement, Raspberry Pi compris.
Pi 4 ou Pi 5 : combien ça coûte vraiment aujourd’hui
Deux générations de Raspberry Pi valent vraiment le coup aujourd’hui. Le Raspberry Pi 4, toujours en production et dont Raspberry Pi garantit la disponibilité jusqu’en janvier 2034 au moins selon ses propres spécifications, embarque un quad-core Cortex-A72 à 1,8 GHz avec jusqu’à 8 Go de RAM LPDDR4. Le Raspberry Pi 5 remplace cette puce par un quad-core Cortex-A76 à 2,4 GHz, soit deux à trois fois plus rapide côté CPU selon la documentation officielle, ajoute une ligne PCIe 2.0 pour un SSD NVMe (via un HAT séparé, ce n’est pas intégré d’office), et pousse les options de RAM jusqu’à 16 Go. Pour un achat neuf dans un rôle homelab, prenez le Pi 5. Le Pi 4 garde surtout du sens si vous en possédez déjà un.
Le prix, lui, est plus compliqué que la plupart des guides ne veulent bien l’admettre. L’annonce tarifaire de Raspberry Pi de décembre 2025 a fait grimper les prix sur toute la gamme Pi 4 et 5 pour compenser ce que la marque a qualifié de hausse « sans précédent » du coût de la DRAM, tirée par la demande des data centers IA, faisant passer le Pi 5 4 Go de 60 $ à 70 $ et le 8 Go de 80 $ à 95 $. Et ce n’est pas fini : la fiche produit actuelle sur raspberrypi.com affiche le modèle 16 Go à 305 $, et une fiche produit d’avril 2026 situe la variante 4 Go autour de 110 $ et la 8 Go autour de 175 $. Raspberry Pi affirme que ces hausses sont censées être temporaires, liées à une pénurie de mémoire plutôt qu’à une refonte tarifaire durable, mais mieux vaut budgétiser sur les prix actuels plutôt que sur un ancien guide, celui-ci y compris.
| Raspberry Pi 4 | Raspberry Pi 5 | |
|---|---|---|
| CPU | Quad-core Cortex-A72 @ 1,8 GHz | Quad-core Cortex-A76 @ 2,4 GHz |
| RAM disponible | 1/2/4/8 Go LPDDR4 | 1/2/4/8/16 Go LPDDR4X |
| Stockage | microSD uniquement | microSD, plus NVMe via un HAT PCIe séparé |
| USB | 2x USB 3.0, 2x USB 2.0 | 2x USB 3.0, 2x USB 2.0 |
| Ethernet | Gigabit, pas de PoE natif | Gigabit avec PoE+ (nécessite un HAT séparé) |
| Le mieux adapté aujourd’hui | Convient pour tout ce qui suit si vous en avez déjà un | Celui à acheter neuf ; plus de marge pour évoluer |
Les limites qu’une fiche technique ne montre pas
Aucun de ces chiffres ne dit ce qui limite vraiment un Raspberry Pi dans un homelab. Ni l’une ni l’autre des deux cartes n’utilise de mémoire ECC, donc les bit-flips silencieux en RAM restent une possibilité réelle, quoique rare, un sujet qui préoccupe bien plus les plateformes NAS orientées ZFS qu’un simple bloqueur de pub DNS. Côté réseau, on plafonne au Gigabit Ethernet sur les deux cartes ; pas de 2,5GbE au menu, ce qui commence à compter dès que des transferts de fichiers ou des sauvegardes s’en mêlent. La carte microSD reste le support de démarrage par défaut, et une carte SD s’use sous des écritures soutenues d’une façon qu’un SSD ne connaît pas. La ligne PCIe du Pi 5 corrige ce point si on ajoute un HAT et un SSD NVMe, mais c’est un achat supplémentaire que la plupart des premiers montages sautent. Et le GPU VideoCore des deux puces décode la vidéo de façon correcte, mais n’a jamais été conçu pour le genre de transcodage matériel en temps réel qu’un serveur Plex ou Jellyfin lui demande.
La consommation électrique est le seul terrain où un Pi gagne haut la main. Il tourne au ralenti à quelques watts, presque rien comparé à n’importe quelle machine x86, ce qui explique en grande partie pourquoi il continue d’occuper des rôles homelab qui tournent 24/7 malgré tout ce qui précède.
Ce qui tourne vraiment bien sur un Raspberry Pi
Les applications qui conviennent à un Raspberry Pi partagent un même profil : un seul conteneur, un plancher de RAM modeste, et aucune dépendance au GPU.
- Pi-hole : sa propre documentation annonce 512 Mo de RAM et 2 Go de stockage comme minimum, et cite un Raspberry Pi Zero 2 W ou n’importe quel Pi 3, 4 ou 5 comme largement suffisant. Difficile de trouver plus proche de la charge de travail idéale pour un Pi.
- AdGuard Home fait le même travail de blocage de pub au niveau DNS, avec du DNS chiffré intégré, sur des ressources tout aussi modestes.
- Home Assistant : sa documentation d’installation cite un Pi 4 ou 5 avec au moins 2 Go de RAM comme plancher pour Home Assistant OS. De quoi faire tourner une maison connectée fonctionnelle ; une longue liste d’intégrations et une radio Zigbee profitent d’une marge plus large que le strict minimum, mais l’installation de base reste franchement légère.
- Uptime Kuma tourne en un seul conteneur avec une base SQLite embarquée, et encaisse des dizaines de moniteurs à des intervalles de 20 secondes sans peiner sur du matériel de cette taille.
- Gitea : sa page de prérequis système cite un Raspberry Pi 3 comme suffisamment puissant pour des charges légères, et situe l’installation pour une petite équipe à la portée de 2 cœurs CPU et 1 Go de RAM. Forgejo, son fork communautaire, hérite du même gabarit.
- Vaultwarden consomme généralement moins de 200 Mo de RAM en tant que binaire Rust unique, une des raisons pour lesquelles son créateur l’a conçu à l’origine pour tourner sur un Raspberry Pi plutôt que sur la stack multi-conteneurs du Bitwarden officiel.
- qBittorrent passe l’essentiel de son temps à attendre les entrées-sorties réseau plutôt qu’à calculer, donc un Pi 4 absorbe une file de téléchargement normale sans que le processeur devienne le goulot d’étranglement ; la vitesse du disque et la bande passante restent le facteur limitant.
- OpenMediaVault mérite une mention à part : c’est le seul des trois grands OS NAS, TrueNAS, Unraid et OMV, à proposer des images dédiées pour Raspberry Pi, avec le dépôt de plugins omv-extras déjà installé dessus. Un Pi avec deux disques USB en RAID1 mdadm donne un petit NAS qui tient largement la route, avec une vraie interface web derrière.
| App | Minimum officiel | Verdict sur un Pi |
|---|---|---|
| Pi-hole | 512 Mo de RAM | Tourne très bien, même sur un Zero 2 W |
| AdGuard Home | Comparable à Pi-hole | Tourne très bien |
| Uptime Kuma | Pas de minimum officiel publié ; basé sur SQLite | Tourne très bien |
| Vaultwarden | Moins de 200 Mo de RAM en pratique | Tourne très bien |
| Gitea / Forgejo | 2 cœurs CPU, 1 Go de RAM | Tourne très bien ; le Pi 3 est jugé suffisant |
| Home Assistant (OS) | 2 Go de RAM minimum | Tourne bien ; prévoir plus de RAM pour une longue liste d’intégrations |
| qBittorrent | Pas de minimum officiel ; peu gourmand en CPU | Tourne bien ; le stockage et la bande passante sont la limite |
| OpenMediaVault | 1 Go de RAM, 4 Go de stockage | Tourne bien comme NAS léger ; le seul grand OS NAS compatible Pi |
Ce qui ne tourne pas bien, et pourquoi
Plex et Jellyfin sont les deux noms qui reviennent sans arrêt, et tous deux démarrent techniquement sur un Raspberry Pi. Ce qu’ils ne savent pas faire, c’est du transcodage matériel en temps réel à quelque échelle que ce soit. Ni le GPU VideoCore du Pi 4 ni celui du Pi 5 n’est conçu comme l’est le moteur Quick Sync d’une puce Intel récente ; la lecture directe d’un fichier que le client sait déjà gérer fonctionne sans problème, mais dès qu’un appareil a besoin d’un changement de résolution ou de codec à la volée, un Pi peine même sur un seul flux. Si votre bibliothèque et vos clients ont vraiment besoin de transcodage, un mini PC avec Quick Sync, le même type de matériel derrière la plupart des montages de transcodage à petit budget, est une bien meilleure base qu’un Pi ne le sera jamais. Notre guide de configuration d’un serveur Jellyfin couvre le choix du matériel en gardant ce besoin précis à l’esprit.
TrueNAS et Unraid ne proposent tout simplement aucune build ARM, ce qui explique exactement pourquoi OpenMediaVault est l’option compatible Pi parmi les trois grandes plateformes NAS. Proxmox VE suit la même logique : le projet officiel ne propose aucune release ARM. Les installations ARM de Proxmox que l’on voit tourner sur un Pi aujourd’hui, des forks communautaires comme PXVirt, ne sont pas le produit officiel, et restent en retrait de Proxmox officiel côté fonctionnalités et support. Ce n’est pas tant que le Pi manque de puissance : ces plateformes ciblent spécifiquement le matériel x86-64, les performances ZFS dans le cas de TrueNAS, la virtualisation KVM dans celui de Proxmox.
Immich est l’exemple le plus net d’une charge de travail qui n’a tout simplement pas le bon gabarit pour un Pi. Sa page de prérequis cite 6 Go de RAM comme minimum, 8 Go recommandés, et depuis la version 3, le conteneur de machine learning nécessite un CPU compatible avec le jeu d’instructions x86-64-v2, quelque chose qu’aucune carte ARM, Raspberry Pi compris, ne peut offrir. La documentation d’Immich dit d’ailleurs clairement que la stack peut être trop lourde pour un Raspberry Pi. Si la sauvegarde photo avec une vraie reconnaissance faciale est l’objectif, cette charge de travail a sa place sur un mini PC ou un serveur digne de ce nom, pas sur un Pi.
Démarrer n’est pas la même chose que bien tourner. La plupart de ce qui figure dans cette section s’installera techniquement et démarrera techniquement ; ça ne tiendra simplement pas sous une charge sérieuse, et l’un de ces cas (le conteneur ML d’Immich) ne tournera même pas du tout sur du matériel ARM.
Quand un mini PC a plus de sens
Un mini PC est l’alternative honnête une fois qu’une charge de travail dépasse ce qu’un Pi peut offrir. Un boîtier de classe Intel N100 coûte généralement entre 150 et 300 $ neuf, consomme entre 5 et 15 W au repos, pas si loin de la consommation d’un Pi, et apporte un CPU x86-64 avec transcodage matériel Quick Sync, davantage de marge en RAM, et souvent un emplacement NVMe intégré plutôt qu’ajouté via un HAT. Si Plex, Immich, ou un montage TrueNAS ou Proxmox sérieux est l’objectif, un mini PC y arrive en un seul achat plutôt qu’un Pi plus un HAT plus un compromis ; le guide d’achat mini PC et ce qui tourne vraiment bien dessus (en anglais) couvrent le choix du matériel et les attentes réalistes.
FAQ
Quelle est la première chose à faire tourner sur un Raspberry Pi ?
Pi-hole ou AdGuard Home. Les deux s’installent en quelques minutes, ne demandent presque pas de RAM, et donnent un résultat immédiat et visible : les requêtes publicitaires et de tracking qui disparaissent sur tous les appareils du réseau, pas seulement dans un navigateur.
Un Raspberry Pi peut-il faire tourner Plex ou Jellyfin ?
Il peut s’installer et lire des fichiers qu’un client sait déjà gérer sans conversion. Ce qu’il ne peut pas faire, c’est du transcodage en temps réel à grande échelle, puisque ni le GPU du Pi 4 ni celui du Pi 5 n’est conçu pour ça comme peut l’être une puce Intel équipée de Quick Sync.
Un Raspberry Pi a-t-il besoin d’un ventilateur pour un usage homelab ?
Pas pour les charges légères couvertes ici. Pi-hole, Uptime Kuma ou Vaultwarden sollicitent à peine le CPU. Tout ce qui est soutenu et gourmand en CPU profite d’au moins un dissipateur ; le boîtier officiel de Raspberry Pi pour le Pi 5 est d’ailleurs livré avec un ventilateur intégré, précisément pour cette raison.
Faut-il acheter un Pi 4 ou un Pi 5 en 2026 ?
Le Pi 5 pour tout nouvel achat : il est deux à trois fois plus rapide selon les propres chiffres de Raspberry Pi, ajoute une ligne PCIe pour du vrai stockage SSD, et supporte plus de RAM. Un Pi 4 garde de l’intérêt si vous en possédez déjà un ; ça ne vaut pas le coup d’en acheter un d’occasion à prix fort face à un Pi 5 neuf.
OpenMediaVault est-il vraiment la seule option NAS pour un Raspberry Pi ?
Parmi les trois systèmes NAS les plus recommandés, oui. TrueNAS et Unraid ne proposent pas de build ARM, donc OpenMediaVault, qui propose des images Raspberry Pi dédiées, est celui qui offre une interface web complète sur ce matériel.
Rien de tout ça ne fait du Raspberry Pi une machine homelab de seconde zone, ça veut simplement dire qu’il faut lui confier la bonne mission. Le blocage de pub au niveau DNS, un tableau de bord de supervision, un serveur Git pour des dépôts personnels, un gestionnaire de mots de passe, et un NAS léger via OpenMediaVault sont tous des usages qui lui vont vraiment bien, et la facture d’électricité s’en ressent à peine. Le transcodage, le stockage basé sur ZFS, la vraie virtualisation, et tout ce qui touche au machine learning lourd ont plutôt leur place sur du matériel x86-64. Notre fiche OpenMediaVault détaille ce rôle de NAS sur un Pi plus en profondeur, et le guide de configuration homelab pour débutants est le point de départ si le reste de la stack reste à construire.