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Unraid : l’histoire du NAS payant qui a conquis les homelabs

Gros plan sur un disque dur, illustration de l'histoire d'Unraid et de son stockage NAS

Chaque système d’exploitation couvert jusqu’ici dans cette série History (TrueNAS, Proxmox VE, OpenMediaVault) partage un point commun : les trois sont gratuits et open source, portés par des communautés ou des fondations qui distribuent leur code sans contrepartie. Unraid rompt ce schéma. C’est un produit payant et à code fermé depuis sa toute première version, et cette seule décision a façonné presque tout le reste : la façon dont l’entreprise derrière le logiciel a grandi, tarifé son produit, et construit ses fonctionnalités. Bref, tous les chouchous du homelab n’ont pas démarré comme un projet open source porté par la passion. Celui-ci commence avec un type qui voulait juste un endroit où ranger ses DVD.

Une collection de DVD trop grosse pour un seul disque dur

L’histoire d’Unraid part d’un simple post de forum. Le 26 août 2005, un utilisateur se faisant appeler « limetech » annonce sur AVS Forum un nouveau produit de stockage en réseau baptisé « Un-RAID ». Cet utilisateur, c’est Tom Mortensen, et de son propre aveu comme de celui de Lime Technology, le projet a démarré comme une affaire personnelle, un petit à-côté pour se faire de l’argent de poche. Mortensen avait rippé une grosse collection de DVD sur des disques durs et cherchait un moyen fiable de continuer à agrandir ce stockage sans devoir acheter un lot de disques identiques ni reconstruire toute une matrice à chaque fois qu’il manquait de place.

C’est cette contrainte qui a donné au logiciel à la fois son nom et sa fonctionnalité phare. Une matrice RAID classique répartit les données sur un ensemble fixe de disques de taille identique ; ajoutez un disque dépareillé et, en général, vous ne pouvez pas l’utiliser sans reconstruire toute la matrice. Unraid a inversé ce modèle avec une matrice protégée par parité qui permet de mélanger tailles et marques de disques, d’ajouter de la capacité un disque à la fois, et de perdre un seul disque sans perdre de données, le tout sans le striping strict dont dépendent le RAID classique et, plus tard, les pools ZFS. Concrètement, un ou deux disques de la matrice sont réservés au calcul de parité : si un disque de données tombe en panne, ses données se reconstruisent à partir des autres, sans jamais avoir eu besoin de répartir quoi que ce soit en bandes homogènes au départ. C’est un compromis délibérément différent : plus lent que les matrices en striping pour certains usages, bien plus tolérant pour un bidouilleur avec un tiroir plein de disques dépareillés.

Un outil NAS de niche porté par une communauté fidèle

Pendant le reste des années 2000 et le début des années 2010, Unraid reste fidèle à ce qu’il était au départ : un projet de passionnés avec une communauté de forum dévouée, plutôt qu’un produit commercial avec un budget marketing. Les premiers adeptes le font tourner sur de vieilles tours de bureau décommissionnées, achètent des cartes contrôleurs d’occasion, comparent leurs notes sur les contrôleurs SATA les plus fiables, et s’appuient sur des extensions construites par la communauté, comme l’interface web unMenu, avant qu’Unraid ne se dote de son propre système de plugins. C’est le genre de croissance lente, portée par les forums, qu’on retrouve chez plusieurs projets NAS nés dans cette même fenêtre du milieu des années 2000, dont le logiciel devenu par la suite TrueNAS. Notre Histoire de TrueNAS couvre cette histoire parallèle côté open source du monde NAS, si vous voulez comparer.

Lime Technology se consolide en tant qu’entreprise durant cette période, mais Unraid lui-même reste, dans les faits, un outil purement dédié au stockage : un gestionnaire de matrice et une interface web, rien de plus. Ça a changé avec la version 6.

Docker, KVM, et le virage de boîte de stockage à plateforme d’hébergement

Unraid 6, sorti en 2015, est la version qui transforme un système d’exploitation NAS en quelque chose qui ressemble bien plus à un véritable hyperviseur de homelab. Cette sortie remplace le support de virtualisation limité basé sur Xen par KVM, offrant aux utilisateurs un vrai gestionnaire de VM pour faire tourner des systèmes d’exploitation invités complets à côté de la matrice protégée par parité. Dans le même cycle de sortie, Unraid refond son support Docker et ajoute une vraie interface web pour gérer les conteneurs, au lieu d’exiger une configuration en ligne de commande. Presque du jour au lendemain, la même machine qui hébergeait votre matrice de stockage pouvait aussi faire tourner une VM Windows, un serveur multimédia, et toute une pile de conteneurs Docker, le tout depuis un seul onglet de navigateur. C’est en grande partie le terrain sur lequel Unraid se bat encore aujourd’hui.

Unraid 6 en trois mouvements : Xen cède la place à KVM pour les machines virtuelles ; Docker obtient une vraie interface web au lieu de la ligne de commande ; et le passthrough GPU transforme une boîte de stockage en machine de gaming et de transcodage.

Le timing a aidé aussi. Cette même année, Unraid ajoute le passthrough GPU, qui permet à une seule machine de dédier une carte graphique à une machine virtuelle. Utile pour les VM de gaming, utile aussi pour le transcodage accéléré par le matériel. Selon Lime Technology elle-même, c’est cette fonctionnalité qui attire l’attention de Linus Tech Tips. Sa couverture médiatique expose Unraid à un public bien plus large que celui de son propre forum et, toujours selon l’entreprise, change la direction que prend la société. Un produit de niche dédié au stockage se retrouve soudain à se disputer une partie du même public que Proxmox VE et d’autres plateformes pensées d’abord pour la virtualisation, même si l’architecture de matrice cœur d’Unraid reste, elle, orientée stockage avant tout.

Toujours payant : la seule chose qui n’a jamais changé

Voici le fil rouge qui traverse ces vingt années d’histoire : Unraid n’a jamais eu de version gratuite. Là où TrueNAS, Proxmox VE et OpenMediaVault distribuent tous gratuitement leur logiciel principal et, pour TrueNAS et Proxmox, vendent du support ou des fonctionnalités entreprise par-dessus, Unraid facture une licence depuis le premier jour. Depuis cette première version de 2005, faire tourner Unraid a toujours nécessité une clé de licence payante liée à une clé USB, le support de démarrage faisant aussi office de dongle : sans cette clé branchée au démarrage, le serveur refuse tout simplement de lancer le tableau de bord. Pendant l’essentiel de l’histoire du produit, ça s’est traduit par trois formules, communément appelées Basic, Plus et Pro, tarifées principalement selon le nombre de périphériques de stockage qu’un serveur pouvait connecter, vendues une fois pour toutes comme licence perpétuelle avec les mises à jour incluses à vie.

Ce modèle a tenu pendant près de deux décennies avant que Lime Technology ne le restructure. Le 27 mars 2024, l’entreprise remplace Basic, Plus et Pro par trois nouvelles formules (Starter, Unleashed et Lifetime) et, plus significatif encore, plafonne les mises à jour logicielles incluses à un an pour les deux formules les moins chères, avec un abonnement annuel optionnel désormais nécessaire pour continuer à recevoir les nouvelles versions ensuite. Les détenteurs des anciennes licences Basic, Plus et Pro conservent leur accès aux mises à jour à vie selon les anciennes conditions ; seuls les nouveaux achats basculent vers la nouvelle structure. Ce changement a suscité de vrais débats au sein de la communauté à l’époque. C’est aussi un élément utile pour quiconque évalue le coût total de possession d’Unraid face aux alternatives gratuites, dans notre comparatif TrueNAS vs Unraid : avec Unraid, le prix de la licence constitue à peu près toute la conversation sur le coût, d’une manière que ses concurrents open source ne connaissent tout simplement pas.

D’un projet perso solo à une vraie entreprise

Lime Technology reste petite et largement invisible en tant qu’entreprise pendant la majeure partie de sa première décennie, avec Tom Mortensen construisant et assurant le support d’Unraid en grande partie seul, épaulé par des modérateurs communautaires qui comblent les manques. Ça change progressivement après le virage Docker et KVM, et le pic d’attention généré par le passthrough GPU donne à l’entreprise la marge nécessaire pour grandir : 2018 et 2019 apportent des recrutements clés et un rebranding plus large, et en 2019, la fille de Mortensen, Tiffany Jones, rejoint l’entreprise comme co-CEO pour l’aider à la diriger à ses côtés. Lime Technology fonctionne aujourd’hui comme une équipe distribuée dans plus de sept pays, avec un siège social, du moins sur le papier, à San Diego, en Californie, et sert des utilisateurs Unraid dans plus de 150 pays.

Où en est Unraid, deux décennies plus tard

Unraid OS 7.0 sort en janvier 2025, et c’est sans doute la version la plus importante depuis le virage Docker et KVM de 2015 : elle ajoute un support ZFS natif aux côtés de la matrice à parité traditionnelle, une interface web entièrement reconstruite, et un gestionnaire de VM amélioré avec support des snapshots et du clonage. Ajouter ZFS est un choix notable pour un produit dont toute l’identité reposait sur le fait d’être l’alternative sans striping, sans ZFS. Ça ne remplace pas la matrice Unraid classique, mais ça signifie qu’Unraid peut désormais proposer, en option et non plus comme raison d’aller voir ailleurs, le même système de fichiers qui sert de fondation à TrueNAS et à une bonne partie du reste du monde NAS. ZFS a la réputation d’offrir une meilleure protection contre la corruption silencieuse des données, grâce à ses sommes de contrôle systématiques, un argument qui jouait jusqu’ici plutôt en faveur de TrueNAS dans les débats face à Unraid.

La chronologie, en condensé : premier post forum « Un-RAID » par Tom Mortensen (26 août 2005) → Unraid 6 avec passage à KVM, refonte Docker et passthrough GPU (2015) → Tiffany Jones rejoint l’entreprise comme co-CEO (2019) → nouvelle grille tarifaire Starter/Unleashed/Lifetime (27 mars 2024) → Unraid OS 7.0 avec support ZFS natif (janvier 2025).

Vingt ans après un post de forum à propos d’une collection de DVD, Unraid reste une entreprise à taille familiale selon les standards du secteur, continue de facturer chaque licence, et demeure, au fond, la même idée que celle décrite par Tom Mortensen en 2005 : prendre les disques qu’on possède déjà et en faire une matrice de stockage flexible. Si vous hésitez encore entre cette approche et le reste du marché, la fiche complète Unraid détaille les tarifs et caractéristiques actuels, et notre guide pour monter son homelab est un bon point de départ pour décider quelle philosophie de stockage convient le mieux à votre matériel. Pas franchement le genre d’histoire qu’on attend d’un projet né sur un forum, mais c’est celle qu’Unraid a choisi d’écrire, licence après licence.

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