Proxmox Server Solutions GmbH a annoncé le 5 août 2026 que Proxmox Virtual Environment prend désormais officiellement en charge le matériel 64 bits Arm (arm64/aarch64). Jusqu’à présent, Proxmox VE ne tournait que sur x86-64. C’est la première fois en plus de quinze ans d’existence que le projet cible officiellement une seconde architecture processeur, selon le communiqué officiel de Proxmox et une annonce publiée sur le forum officiel par le CTO Thomas Lamprecht.
Pour un lectorat homelab habitué à voir Proxmox tourner sur du x86-64 (mini PC, tour de bureau recyclée, serveur Xeon ou Epyc d’occasion), la nouvelle mérite d’être nuancée avant de s’emballer. Ce n’est pas, en l’état, une invitation à installer Proxmox sur le Raspberry Pi qui traîne dans un tiroir. Le public visé en premier lieu, c’est l’entreprise et l’infrastructure IA, pas encore le homelab grand public. La porte est désormais ouverte, ceci dit. Elle ne l’était pas la semaine dernière.
Ce qui est réellement livré
La version arm64 de Proxmox VE 9.2 n’est ni un side-project ni une build de préversion tolérée du bout des lèvres. D’après le message de Lamprecht, elle partage la même base de code, les mêmes dépôts de paquets et le même cycle de publication que la version x86-64. Elle repose sur Debian 13.5 Trixie, avec le noyau Linux 7.0 par défaut, et fait tourner les mêmes versions de composants sur les deux architectures : QEMU 11.0, LXC 7.0 et ZFS 2.4. La configuration et la documentation restent valables telles quelles, à l’exception d’une courte liste de différences matérielles détaillée plus bas.
Proxmox précise aussi que ZFS et Ceph, les deux piles de stockage qui comptent le plus pour l’auto-hébergement, ont été entièrement validées sur arm64 et affichent désormais des performances jugées comparables à celles obtenues sur x86-64. Le détail a son importance : un portage qui fonctionne pour le calcul mais boite côté stockage aurait eu une valeur pratique bien plus limitée pour qui héberge ses propres données.
La question du matériel : ce qui change vraiment
C’est le point à lire attentivement avant de se réjouir trop vite.
Le support complet et garanti dès le premier jour ne concerne que deux plateformes : NVIDIA Grace Hopper et NVIDIA Vera. Ce sont des puces serveur pensées pour l’entraînement et l’inférence IA, pas du matériel de homelab. Proxmox a développé et testé ce portage directement sur des systèmes Grace Hopper Superchip, en collaboration avec NVIDIA et Supermicro, et affirme que la solution tourne déjà en production chez certains clients entreprise.
Tout le reste relève du best-effort, terme employé par Proxmox lui-même pour désigner du matériel qui fonctionne généralement, sans garantie officielle :
- Le reste du matériel serveur UEFI en Armv9-A, et la majorité du matériel Armv8-A
- Tout hôte qui démarre en UEFI et expose l’ACPI
Un cas est exclu d’office : les cartes mono-carte (SBC) qui ne fonctionnent qu’en device-tree. Proxmox cite nommément le Raspberry Pi comme non supporté. Cette annonce n’est donc surtout pas un feu vert pour monter un cluster de Raspberry Pi sous Proxmox. Le blogueur Jeff Geerling a testé la version sur un Ampere Altra Dev Platform, une carte serveur Arm compatible UEFI, et rapporte une installation propre via l’installeur graphique standard. Voilà le profil de matériel réellement visé aujourd’hui : des serveurs Arm de classe entreprise, pas les SBC grand public qui peuplent la plupart des homelabs francophones.
Ce qui diffère par rapport à la version x86-64
Quelques différences concrètes à connaître avant d’envisager quoi que ce soit sur cette architecture :
- Les machines virtuelles démarrent exclusivement en UEFI, via la version Arm d’OVMF (AAVMF). SeaBIOS n’existe pas sur cette architecture.
- Le chiffrement mémoire AMD SEV et le passthrough vGPU Intel GVT-g restent réservés à x86.
- Il n’existe pas de paquet microcode au niveau du système : arm64 n’a pas d’équivalent à intel-microcode ou amd64-microcode.
- Les VM ne tournent que sur des nœuds de leur propre architecture, et la migration à chaud ne fonctionne qu’entre nœuds de même architecture. Mélanger des nœuds x86-64 et arm64 dans un même cluster n’est pas techniquement bloqué, mais Proxmox ne le supporte pas.
Disponibilité et support entreprise
La build arm64 est disponible dès maintenant, sous forme d’ISO bare-metal ou via les mêmes dépôts de paquets que la version x86-64. Le dépôt pve-enterprise existe aussi en arm64. Proxmox indique que des contrats de support entreprise peuvent être mis en place sur demande, les abonnements arm64 se vendant séparément de ceux en x86-64. Selon la FAQ du forum, d’autres produits Proxmox, dont Proxmox Backup Server, disposent déjà de builds de test arm64 en interne. Ce qui sortira réellement dépendra de la demande des clients entreprise.
Ce que ça change pour votre homelab
Si votre serveur Proxmox est un mini PC x86-64 ou une ancienne tour de bureau recyclée, rien ne change concrètement pour vous. Cette annonce ne touche pas ce matériel. Ce n’est pas son objectif non plus.
Ce qu’elle apporte, en revanche, c’est une vraie voie officiellement supportée pour du matériel serveur Arm, une option qui n’existait tout simplement pas avant le 5 août 2026. Proxmox affirme travailler avec d’autres fabricants de serveurs pour élargir cette liste au-delà de Grace Hopper et Vera. Reste à savoir si cela finira par toucher des cartes Arm plus accessibles, du type de celles qu’on trouve déjà dans les homelabs pour l’IA locale ou le edge computing. L’entreprise n’a pas répondu à cette question pour l’instant, et il est sans doute trop tôt pour spéculer.
Pour comprendre comment Proxmox en est arrivé là, direction l’histoire de Proxmox VE, de petit outil de sauvegarde viennois à alternative sérieuse à VMware. Et si vous hésitez entre un hyperviseur et un NAS dédié pour votre propre build, Proxmox vs TrueNAS détaille les choix matériels et de passthrough qui comptent le plus au moment de trancher.