,

L’histoire d’Emby : comment un plugin Windows Media Center gratuit est devenu un logiciel payant sur abonnement

Illustration of a retro computer monitor transforming into a modern media server, representing Emby's history from Media Browser to a commercial media server

Emby a démarré en 2008 sous le nom Media Browser, un plugin gratuit qui donnait enfin à Windows Media Center une vraie vue bibliothèque avec les jaquettes des films. Dix-sept ans et une entreprise plus tard, c’est devenu un logiciel à code fermé vendu sur abonnement. Le chemin entre ces deux réalités explique en grande partie pourquoi Jellyfin existe aujourd’hui.

Note : cet article raconte les origines d’Emby, ce n’est pas un tutoriel d’installation. Pour le prix, l’installation Docker et un face-à-face avec le fork qu’il a engendré, direction la fiche appli Emby ou le comparatif complet « Jellyfin vs Emby ». Envie de connaître l’autre versant de cette histoire ? « L’histoire de Jellyfin » raconte le fork lui-même, et « L’histoire de Plex » couvre la troisième grande option du marché.

Un plugin Windows Media Center né en 2008

Windows Media Center, c’était la tentative de Microsoft d’installer un PC au salon, et dès le milieu des années 2000, tout un petit écosystème de plugins s’était construit autour. L’un d’eux, Video Browser, circulait déjà depuis 2007 au moins. En décembre 2008, avec la sortie de la version 2.0.0, il est rebaptisé Media Browser. Ce n’était pas l’option la plus complète du marché, Luke Pulverenti, qui reprendra le projet plus tard, l’a lui-même reconnu, mais elle offrait, selon ses propres mots, « la plus belle présentation du marché ». Si vous vouliez montrer un home theater PC à un ami, c’est Media Browser que vous affichiez à l’écran. À l’époque, le développement reposait entièrement sur le bénévolat : une communauté de passionnés de Windows Media Center qui construisaient des plugins, les partageaient sur des forums et itéraient en public, sans la moindre entreprise derrière tout ça.

Windows 8 tue Windows Media Center, un simple utilisateur prend le relais

Le sort de Media Browser était lié à celui de Windows Media Center, et ça a posé un sérieux problème en 2012. Windows 8 sort sans Windows Media Center intégré, et Microsoft ne cache pas que la fonctionnalité est en sursis. Pour un plugin qui dépendait entièrement de cette application hôte, c’était une question de survie. Luke Pulverenti, alors simple utilisateur de Media Browser avec un profil de développeur dans le logiciel de santé, décide que le projet doit devenir bien plus qu’un plugin. Il approche le développeur connu sous le pseudo « ebr » (Eric B. Reed), qui faisait tourner Media Browser à l’époque, et lui propose de tout reconstruire en une véritable application client-serveur autonome, capable de streamer vers des téléphones et des appareils distants, pas seulement de s’afficher dans une appli Windows sur un seul PC. Cette proposition donne naissance à Media Browser 3, annoncé en février 2013 et sorti en bêta publique en mai de la même année. Le nom ne change pas encore, mais sur le plan technique, c’est le vrai point de départ de ce qui deviendra Emby : un serveur digne de ce nom, avec une vraie API, qui ne dépend plus du logiciel media center de Microsoft, ni même de Windows.

2015 : Media Browser devient Emby

En janvier 2015, Luke Pulverenti se consacre au projet à temps plein, et Emby LLC est officiellement créée à Cornelius, en Caroline du Nord, avec Pulverenti et Eric B. Reed comme associés. Deux mois plus tard, le changement de nom devient officiel : l’article « Introducing Emby », publié sur le blog de la communauté Emby, annonce que Media Browser devient Emby, un nom choisi précisément parce qu’il se prononce encore un peu comme « MB », clin d’œil aux origines du projet, tout en étant plus court et plus facile à retenir pour les proches non technophiles.

À l’époque, ce n’est absolument pas une entreprise qui prépare en douce un virage propriétaire. Dans une interview accordée à Linux.com en septembre 2015, Pulverenti décrit Emby Server comme « entièrement open source sous licence GPL V2.0 », et affirme que n’importe qui peut le compiler depuis les sources en quelques minutes. Le modèle économique repose sur un abonnement « Supporter » : des fonctionnalités bonus vendues à ceux qui veulent soutenir le projet, pas une barrière devant le produit de base. Ce détail mérite qu’on s’y arrête : pendant ses premières années sous le nom Emby, le projet ressemblait beaucoup à ce qu’est Jellyfin aujourd’hui.

La fermeture progressive du code source, 2017-2018

Cette ouverture n’a pas tenu. Dès août 2017, des membres de la communauté remarquent que certaines parties du code d’Emby sont désormais distribuées sans les sources qui vont avec. Le résumé de Wikipédia à l’époque décrivait le projet comme « majoritairement open source avec quelques composants à code fermé ». En mars 2018, plusieurs développeurs, qui allaient plus tard fonder Jellyfin la même année, déposent un ticket GitHub dénonçant des violations de la licence GPL dans la façon dont Emby distribuait son code. Puis, en septembre 2018, avec la sortie de la version 3.5.3, Emby officialise la chose : le build principal du serveur passe en code fermé, ce qui reste d’open source étant relégué dans des plugins optionnels.

Le déclencheur final survient le 8 décembre 2018 : Emby annonce que sa future version 4.x sera elle aussi à code fermé. Plus d’ambiguïté possible, plus de zone grise mi-ouverte. C’est précisément à cet endroit que cet article et l’histoire de Jellyfin se séparent. En à peine une journée, un groupe de contributeurs d’Emby se met à forker la dernière version entièrement ouverte pour construire ce qui deviendra Jellyfin. Le déroulé complet de ce fork, qui était impliqué, à quelle vitesse ça s’est joué, ce qui s’est passé pendant les 22 jours entre l’annonce et la première sortie, est raconté dans « L’histoire de Jellyfin ». Emby, de son côté, continue sa route en tant qu’entreprise avec un produit commercial à protéger.

Emby après le fork : la trajectoire d’une entreprise privée, 2019-2026

Perdre une partie de sa communauté au profit d’une alternative open source n’a pas arrêté le développement d’Emby. Ça a juste voulu dire qu’Emby continuerait à construire derrière une porte fermée plutôt qu’ouverte. La branche 4.x arrive vraiment à partir de 2020, et l’essentiel de ce qui suit relève du travail peu spectaculaire d’une entreprise qui fait évoluer un produit commercial : un meilleur transcodage 4K et HDR, un SDK de plugins pour les développeurs en 2024, et des mises à jour régulières pour les applications natives qui ont toujours fait partie de l’argument de vente d’Emby. L’application Apple TV atteint la version 2.0.3 en mars 2026 ; la branche stable d’Emby Server était à la version 4.9.1.90 en novembre 2025. En décembre 2024, l’ancienne application de bureau Emby Theater pour Windows et Xbox est retirée au profit d’une nouvelle application Emby unifiée.

Rien de tout ça n’est spectaculaire, et ce n’est pas censé l’être. C’est à quoi ressemble la maintenance continue d’une petite entreprise. Ce que ça confirme surtout, c’est qu’Emby n’a ni coulé ni été abandonné après 2018, une crainte pourtant légitime à l’époque chez les utilisateurs qui voyaient un fork communautaire partir avec une bonne partie de la sympathie du public. Emby Premiere garde à peu près la même formule depuis des années : 4,99 $ par mois, 54 $ par an, ou un achat unique à vie à 119 $, parfois en promotion, qui débloque le transcodage matériel, le DVR, la synchro hors ligne et des applications sans publicité, en plus d’un cœur de serveur qui reste gratuit à installer et à utiliser pour streamer.

Là où Emby a sans doute le mieux tenu bon, c’est justement sur le terrain qu’un projet bénévole a structurellement du mal à occuper : le soin apporté aux applications natives. Des applications dédiées et activement maintenues pour Apple TV et PlayStation, c’est encore quelque chose que Jellyfin ne propose pas nativement, et cet écart explique en bonne partie pourquoi certains foyers choisissent Emby plutôt que l’alternative gratuite et ouverte qu’il a indirectement fait naître. Pour comparer les deux fonctionnalité par fonctionnalité, voir « Jellyfin vs Emby » ; et si Plex fait aussi partie de votre short-list, emby.media et le comparatif « Jellyfin vs Plex » complètent le tableau.

L’histoire d’Emby en sept dates

  1. 2008 : Video Browser, un plugin pour Windows Media Center, est rebaptisé Media Browser avec la sortie de la version 2.0.0.
  2. 2012 : Windows 8 abandonne Windows Media Center ; Luke Pulverenti propose de reconstruire Media Browser en application client-serveur autonome.
  3. Janvier 2015 : Emby LLC est fondée à Cornelius, en Caroline du Nord.
  4. Mars 2015 : Media Browser est officiellement rebaptisé Emby.
  5. Septembre 2018 : la version 3.5.3 ferme le code source du build principal du serveur.
  6. Décembre 2018 : Emby annonce que la branche 4.x sera à code fermé ; Jellyfin fork le projet en quelques jours.
  7. 2019-2026 : Emby poursuit sa route en tant qu’entreprise privée, misant sur les applications natives et des mises à jour serveur régulières.

FAQ

Qui a créé Emby ?

Emby remonte à Luke Pulverenti et Eric B. Reed (« ebr »), qui ont reconstruit le plugin Media Browser existant en un véritable serveur multimédia client-serveur autonome à partir de 2012-2013 environ. Emby LLC a été officiellement fondée par les deux hommes en janvier 2015.

Emby s’appelait-il vraiment Media Browser à l’origine ?

Oui. Le projet a été lancé sous ce nom en décembre 2008 comme plugin pour Windows Media Center, et l’a conservé jusqu’au rebranding vers Emby en mars 2015.

Emby est-il gratuit ?

Le cœur du serveur est gratuit à installer et à utiliser pour streamer. Des fonctionnalités comme le transcodage accéléré matériellement, le DVR et la synchro hors ligne nécessitent un abonnement Emby Premiere : 4,99 $ par mois, 54 $ par an, ou 119 $ pour une licence à vie.

Emby est-il open source ?

Plus maintenant. Emby Server était entièrement open source sous licence GPLv2 pendant la majeure partie de ses premières années sous le nom Emby, avant de fermer le code du build principal du serveur avec la version 3.5.3 en septembre 2018. Jellyfin est le fork totalement open source et activement développé de cette ancienne base de code.

Pour l’installation proprement dite (Docker, installation sur NAS, comment il se comporte au quotidien), la fiche appli Emby et le comparatif « Jellyfin vs Emby » prennent le relais là où cette histoire s’arrête.

Related guides