Jellyfin existe parce qu’Emby a décidé de verrouiller sa prochaine version majeure derrière un abonnement payant. En décembre 2018, une poignée de contributeurs d’Emby excédés ont forké la dernière version entièrement open source du projet pour construire quelque chose que personne ne pourrait plus jamais leur reprendre.
Note : cet article raconte les origines de Jellyfin, ce n’est pas un tutoriel d’installation. Pour installer Jellyfin concrètement, direction How to Set Up a Jellyfin Server, qui détaille les installations Docker, Windows et NAS pas à pas, ou consultez la fiche appli Jellyfin pour les infos essentielles (licence, image Docker, alternatives).
Pourquoi les utilisateurs d’Emby ont fini par chercher la sortie
Emby ne s’est pas toujours appelé Emby. Le projet a démarré sous le nom Media Browser, un plugin open source pour Windows Media Center créé par Luke Pulverenti, avant d’être rebaptisé Emby en 2015 en devenant un serveur multimédia autonome distribué sous licence GPLv2. Pendant quelques années, Emby ressemblait beaucoup à ce qu’est Jellyfin aujourd’hui : gratuit, ouvert, accueillant pour les contributeurs extérieurs. Puis les choses ont changé, petit à petit plutôt que d’un coup. Emby a ajouté un abonnement payant pour certaines fonctionnalités dès une version 3.x, a commencé à retirer du code client et serveur de la vue publique, et s’est montré de moins en moins réceptif aux contributions de la communauté. Plusieurs développeurs qui allaient plus tard fonder Jellyfin, dont Joshua Boniface, Andrew Rabert, et deux contributeurs connus sous les pseudos Vasily et dkanada, avaient déjà signalé ce qu’ils considéraient comme des violations de la licence GPL dans la façon dont Emby gérait ses droits. La version 3.5.3, sortie juste après celle que Jellyfin allait finir par forker, a purement et simplement abandonné la licence ouverte. Alors quand Emby a annoncé en décembre 2018 que sa future version 4.x serait elle aussi fermée, personne n’est vraiment tombé des nues. C’était plutôt un « bon, on y est ».
Décembre 2018 : 22 jours entre l’annonce et la sortie
L’annonce du passage au code fermé tombe le 8 décembre 2018, et le groupe qui allait devenir l’équipe Jellyfin réagit vite. En à peine un jour, Andrew Rabert propose le nom Jellyfin, et l’équipe se met à forker tous les dépôts Emby qu’elle peut légalement récupérer avant que la porte ne se ferme. Ils repartent de la dernière version ouverte d’Emby, la 3.5.2, et gardent la licence GPLv2 telle quelle plutôt que de chercher un contournement. Le code sera plus tard porté sur le framework .NET Core (aujourd’hui simplement .NET), justement pour le rendre vraiment multiplateforme au lieu de rester centré sur Windows.
La première version de Jellyfin sort le 30 décembre 2018, seulement 22 jours après l’annonce, encore étiquetée 3.5.2-5 sous l’ancienne numérotation d’Emby. La numérotation propre à Jellyfin démarre avec la 10.0.0 le 7 janvier 2019 : c’est ce point que la plupart des gens considèrent comme le vrai départ du projet indépendant.
Du fork au média-serveur complet : les étapes qui comptent
- 10.0.0 (janvier 2019) : la numérotation de version indépendante de Jellyfin démarre, rupture nette avec le nommage hérité du code d’Emby.
- 10.5.0 (mars 2020) : l’encodage et le décodage accélérés matériellement arrivent pour le Raspberry Pi, une vraie victoire pour un projet très populaire auprès des petits serveurs domestiques.
- 10.6.0 (juillet 2020) : SyncPlay (regarder ensemble, en synchro, sur plusieurs appareils) et le support des ebooks EPUB débarquent, avec en prime la prise en charge des dépôts de plugins tiers.
- 10.8.0 (juin 2022) : le filtrage vidéo accéléré matériellement complet, avec mise à l’échelle, désentrelacement, tone-mapping et incrustation de sous-titres, fonctionne désormais sur Intel, AMD et Nvidia.
- 10.10.0 (octobre 2024) : le support HDR Dolby Vision et les marqueurs de segments média (des points de saut façon chapitres) font leur apparition.
Les applications clientes ont grandi de la même façon : lentement, et de façon inégale. Des développeurs communautaires ont repris Android, iOS, Apple TV, Fire TV, Roku, Kodi et Xbox comme autant de projets séparés, chacun avec son propre calendrier, sans qu’aucune entreprise ne coordonne un déploiement unifié. C’est en partie pour ça que la couverture des appareils a toujours été un peu plus inégale que chez Plex, un point détaillé dans le comparatif Jellyfin vs Plex.
Pas d’entreprise, pas d’investisseurs : comment Jellyfin fonctionne vraiment
Il n’y a pas de société derrière Jellyfin. Pas de fonds de capital-risque, pas d’actionnaires à satisfaire non plus. Le projet est piloté par une équipe centrale disposant d’un accès en écriture aux dépôts principaux, environ huit personnes actuellement, chacune avec des responsabilités définies au-delà du simple code. Joshua Boniface est le chef de projet ; il s’occupe du packaging, des sorties, des finances et de l’infrastructure. D’autres couvrent le développement serveur, le client web, les plugins et la communication.
L’argent transite par Open Collective, avec l’association à but non lucratif Open Source Collective comme hébergeur fiscal. Mi-2024, Boniface a carrément demandé aux gens d’arrêter de faire des dons pendant un moment. Jellyfin avait alors plus de 24 000 $ de réserve pour des coûts mensuels d’environ 600 $, soit plus de 40 mois d’autonomie, et il a suggéré de rediriger les dons vers les développeurs individuels qui construisent les applications clientes de Jellyfin. C’est un petit détail, mais il en dit long sur la façon dont tourne le projet : sobre, porté par des bénévoles, sans course à la croissance pour elle-même.
Jellyfin, Emby et Plex : l’arbre généalogique
| Jellyfin | Emby | Plex | |
|---|---|---|---|
| Origine | Forké depuis Emby 3.5.2 en déc. 2018 | À l’origine Media Browser, open source avant 2018 | Projet indépendant depuis 2007 |
| Licence | GPLv2, totalement open source | Source disponible, pas entièrement open source | Propriétaire, code fermé |
| Gouvernance | Équipe centrale bénévole, aucune société | Entreprise privée (Emby LLC) | Entreprise privée (Plex Inc.) |
| Transcodage matériel | Inclus pour tout le monde | Réservé à l’abonnement Emby Premiere | Réservé à l’abonnement Plex Pass |
| Modèle économique | Gratuit, tout le temps | Palier gratuit + palier payant Premiere | Gratuit en local ; l’accès distant demande un Remote Watch Pass ou un Plex Pass payant |
Pour creuser un face-à-face en particulier, Jellyfin vs Emby et Jellyfin vs Plex détaillent davantage les tarifs, les applications et les différences au quotidien. Curieux du parcours d’Emby avant le fork ? The History of Emby raconte comment il est passé d’un simple plugin gratuit pour Windows Media Center à l’entreprise dont Jellyfin s’est séparé. Envie de savoir comment Plex a démarré, lui ? The History of Plex revient sur son fork de XBMC en 2008 et sur la voie financée par le capital-risque qu’il a choisie à la place.
Où en est Jellyfin aujourd’hui
En 2026, Jellyfin reste fidèle à ce qu’il visait dès décembre 2018 : totalement open source sous licence GPLv2, entièrement piloté par des bénévoles, sans palier payant caché derrière la version gratuite. Le dépôt principal du serveur sur GitHub a dépassé les 54 000 étoiles et 5 000 forks, avec bien plus de 100 versions taguées et un rythme de sortie qui livre en général une version majeure environ tous les six mois, avec des versions correctives entre les deux.
Dans l’univers du self-hosting et des homelabs, Jellyfin a trouvé sa place précise : le média-serveur open source vers lequel les gens se tournent une fois qu’ils en ont assez de payer pour un logiciel qu’ils hébergent déjà eux-mêmes. Il tourne rarement seul. La plupart des homelabs l’associent à des gestionnaires de demandes comme Jellyseerr, pour que la famille puisse demander du nouveau contenu sans toucher au serveur directement, et il s’intègre naturellement dans une stack self-hosted plus large, celle que le Homelab Setup Guide for Beginners présente depuis zéro.
FAQ
Qui a créé Jellyfin ?
Un groupe de contributeurs d’Emby mené par Joshua Boniface et Andrew Rabert a forké le projet en décembre 2018, avec d’autres contributeurs de la première heure comme Vasily et dkanada.
Jellyfin est-il un fork d’Emby ?
Oui. Jellyfin descend directement de la dernière version entièrement open source d’Emby, la 3.5.2, forkée en réaction à la décision d’Emby de fermer le code source de sa version 4.x.
Jellyfin est-il gratuit pour toujours ?
Oui. Il n’y a ni palier premium, ni abonnement, ni module payant pour des fonctionnalités comme le transcodage matériel. Le projet n’a aucune version commerciale vers laquelle pousser les utilisateurs un jour ou l’autre.
Quelle licence utilise Jellyfin ?
La GPLv2, la même licence que la dernière version ouverte d’Emby dont il est issu. Le code source complet est sur GitHub sous cette licence, donc n’importe qui peut l’auditer, l’auto-héberger ou proposer des modifications.
Une entreprise possède-t-elle Jellyfin ?
Non. Jellyfin est géré par une équipe centrale de bénévoles et financé par des dons communautaires via Open Collective, sans propriété d’entreprise ni investisseurs impliqués.
Pour la suite, le guide Jellyfin Server Setup explique comment l’installer concrètement, et les comparatifs Jellyfin vs Plex et Jellyfin vs Emby approfondissent la façon dont il se positionne face aux alternatives aujourd’hui.