Abstract violet and amber illustration representing Proxmox VE, a bare-metal hypervisor running virtual machines and containers

Proxmox VE

Proxmox VE

Proxmox VE (Virtual Environment) est un hyperviseur open source et gratuit, bâti sur Debian, qui réunit machines virtuelles KVM et conteneurs LXC dans une seule console web, avec clustering, migration à chaud et sauvegarde intégrés d’origine. Il transforme une simple machine physique en véritable plateforme de virtualisation, bien au-delà d’un hôte Docker classique, capable de faire tourner plusieurs systèmes d’exploitation côte à côte sur le même matériel.

Licence : le cœur de Proxmox VE est publié sous licence GNU Affero General Public License version 3 (AGPLv3), confirmé directement par la FAQ officielle de Proxmox VE. Proxmox Server Solutions GmbH, l’entreprise derrière le projet, vend séparément des abonnements payants pour le support entreprise et l’accès au dépôt de mises à jour Enterprise ; rien de tout cela ne modifie la licence du code lui-même.

En bref : Site officiel proxmox.com · Documentation pve.proxmox.com/pve-docs · Développement du code via liste de diffusion sur git.proxmox.com, miroir en lecture seule sur github.com/proxmox/pve-manager · Version stable actuelle : Proxmox VE 9.x, bâtie sur Debian 13 (Trixie) · Les sauvegardes sont gérées par un produit à part, Proxmox Backup Server.

Ce que fait vraiment Proxmox VE

Proxmox VE regroupe deux technologies de virtualisation que tout homelab finit par vouloir de toute façon. QEMU/KVM fait tourner des machines virtuelles complètes : n’importe quel OS invité, isolation matérielle réelle, migration à chaud entre nœuds de cluster dès qu’un stockage partagé est en place. LXC gère des conteneurs Linux légers qui partagent le noyau de l’hôte, plus proche d’un processus cloisonné que d’un ordinateur complet. Les deux cohabitent dans la même interface web, aux côtés de pools de stockage ZFS ou Ceph, d’un réseau compatible VLAN, et de snapshots programmés plus des sauvegardes. Le clustering permet à plusieurs nœuds de partager une seule connexion et de déplacer une VM en cours d’exécution d’une machine à l’autre sans coupure de service.

La question matérielle à ne surtout pas sauter : flags de virtualisation et IOMMU

Faire tourner Proxmox VE demande au minimum un CPU Intel 64 ou AMD64 doté du flag VT-x ou AMD-V, la fonctionnalité qui permet à KVM de faire tourner les systèmes invités à une vitesse proche du natif. En cas de doute, un simple egrep '(vmx|svm)' /proc/cpuinfo sur n’importe quel système basé sur Debian donne la réponse. Ce point coince rarement : la plupart des CPU de bureau ou portables de la dernière décennie l’ont déjà.

Le vrai point de friction, c’est le PCI passthrough. Confier un périphérique physique, un contrôleur SATA, un HBA, un GPU, directement à une VM (pour qu’elle dialogue avec les disques en direct plutôt qu’à travers un périphérique virtuel) exige le support IOMMU : VT-d chez Intel, AMD-Vi chez AMD. Certaines cartes mères grand public l’exposent dans le BIOS, d’autres non, et les groupes IOMMU ne se répartissent pas toujours comme la liste de composants le laisse espérer ; une carte réseau qui partage son groupe avec un contrôleur M.2, ça arrive plus souvent qu’on ne le voudrait. Mieux vaut vérifier que le passthrough fonctionne sur la carte mère précise avant d’acheter des disques pour un NAS virtualisé, pas après.

Avant d’acheter quoi que ce soit : vérifiez VT-x/AMD-V et VT-d/AMD-Vi séparément, ce n’est pas le même flag. VT-x/AMD-V équipe la quasi-totalité des CPU récents. VT-d/AMD-Vi, nécessaire pour le PCI passthrough, est un réglage BIOS distinct que toutes les cartes grand public n’exposent pas : mieux vaut le vérifier dans le manuel de la carte mère avant de commander le matériel.

Matériel : le minimum documenté par Proxmox est 1 Go de RAM, pour une simple évaluation. Un plancher réaliste pour un homelab se situe plutôt entre 16 et 32 Go, plus du stockage NVMe si ZFS fait partie du plan. Notre configuration Balanced Homelab est dimensionnée exactement pour ça.

Installer Proxmox VE

Dans le cas classique, Proxmox VE s’installe depuis sa propre image ISO à même le métal (bare metal). L’installation par-dessus un Debian déjà en place est documentée et possible, mais c’est la voie ISO que la quasi-totalité des utilisateurs empruntent.

  1. Téléchargez l’ISO depuis la page officielle des téléchargements et flashez-la sur une clé USB.
  2. Démarrez sur cette clé USB et suivez l’installateur graphique : disque cible, système de fichiers (ext4, ou ZFS pour les snapshots et la redondance), fuseau horaire, mot de passe root, et une adresse de gestion statique.
  3. Redémarrez, puis ouvrez l’adresse de gestion sur le port 8006 dans un navigateur et connectez-vous en root.
  4. Depuis Datacenter, choisissez le dépôt de paquets à utiliser avant d’aller plus loin (voir la section suivante).

L’installateur partitionne l’intégralité du disque cible. Le pointer vers un disque contenant quoi que ce soit d’important l’effacera sans second avertissement. Vérifiez à deux fois l’écran de sélection du disque, surtout sur une machine qui héberge plusieurs disques.

Gratuit vs Entreprise : ce que « no-subscription » veut vraiment dire

Toute installation fraîche pointe par défaut vers le dépôt pve-enterprise, qui exige une clé d’abonnement payante. Basculer vers pve-no-subscription à la place, quelques modifications dans /etc/apt/sources.list.d/, est le réflexe homelab standard, et ça ne coûte rien.

Ce que le dépôt gratuit sacrifie : quasiment rien sur le plan fonctionnel. Les mêmes paquets que l’Enterprise, moins un contrat de support et un rythme de mise à jour légèrement moins prudent. La seule différence visible est une fenêtre pop-up au login qui rappelle qu’aucun abonnement n’est actif ; purement cosmétique, rien n’est bridé dans le logiciel. Les abonnements payants achètent du support et le rythme de mises à jour Enterprise, pas des fonctionnalités en plus.

Cas d’usage en homelab

L’intérêt de quitter un simple hôte Docker, c’est de pouvoir faire tourner plusieurs systèmes d’exploitation sur la même machine sans qu’ils se marchent dessus. Une disposition courante : TrueNAS ou OpenMediaVault dans sa propre VM, avec un contrôleur SATA ou un HBA passés en passthrough via IOMMU pour que ZFS voie de vrais disques ; Home Assistant OS dans une seconde VM, puisqu’il s’attend à posséder tout son environnement ; une VM Windows pour la seule application qui l’exige ; et des conteneurs LXC, ou une VM dédiée, pour faire tourner Docker et tout le reste. Un gestionnaire de conteneurs comme Portainer trouve naturellement sa place dans cette VM Docker. Les développeurs de Proxmox eux-mêmes recommandent de faire tourner Docker dans une VM plutôt qu’imbriqué dans un LXC, une combinaison connue pour casser après les mises à jour du noyau.

Proxmox VE vs ESXi vs XCP-ng

VMware ESXi a longtemps été la réponse par défaut, jusqu’à ce que le rachat par Broadcom en 2023 mette fin au palier gratuit d’ESXi et fasse basculer toutes les licences vers des formules uniquement sur abonnement, un virage bien documenté qui a poussé les homelabers à chercher ailleurs (l’histoire complète, d’une startup viennoise de 2005 à l’adoption forcée par Broadcom, est racontée dans notre histoire de Proxmox VE). XCP-ng, bâti sur l’hyperviseur Xen avec des racines dans XenServer de Citrix, est l’autre option gratuite : migration à chaud solide, et une couche de gestion XOA payante qui reflète la même répartition Entreprise/no-subscription que chez Proxmox. Unraid prend un angle différent, d’abord pensé comme baie de stockage avec Docker et les VM en couche au-dessus, mieux adapté à un NAS qui fait aussi tourner des VM qu’à un hyperviseur qui fait aussi tourner un NAS.

CatégorieProxmox VEVMware ESXiXCP-ng
CoûtGratuit, AGPLv3, support payant en optionPalier gratuit disparu après le rachat par Broadcom ; abonnement obligatoireCœur gratuit et open source ; paliers XOA payants en option
ConteneursLXC natif aux côtés des VMVM uniquement, aucune couche de conteneurs nativeVM uniquement, aucune couche de conteneurs native
StockageZFS, Ceph, LVM, RAID matérielVMFS, vSAN (module payant)Stockage local, XOSAN, plusieurs backends
Idéal pourLes homelabs et petites entreprises qui veulent VM et conteneurs réunisLes organisations déjà standardisées sur la pile VMware/BroadcomLes homelabs qui veulent une virtualisation gratuite basée sur Xen, avec une voie d’évolution vers l’entreprise

Proxmox VE : avantages et inconvénients

  • Cœur gratuit sans aucune limite fonctionnelle sur le dépôt no-subscription, sous licence AGPLv3
  • Fait tourner VM complètes et conteneurs LXC légers côte à côte, plus clustering et migration à chaud une fois le stockage partagé en place
  • ZFS et snapshots intégrés d’origine : on annule une mise à jour ratée en deux clics plutôt que de tout reconstruire
  • Porté par une entreprise qui vend aussi du support, pas un projet purement bénévole qui peut s’essouffler
  • Installation bare-metal, sans la rampe de lancement en douceur que Docker propose depuis un OS déjà en place
  • Le PCI passthrough des contrôleurs de disque ou des GPU dépend du support IOMMU de la carte mère, qui varie d’une machine à l’autre
  • Faire tourner Docker directement sur l’hôte Proxmox n’est pas recommandé ; il préfère avoir sa propre VM
  • Rappel du dépôt Entreprise au login tant que la liste des sources n’est pas basculée, cosmétique mais un peu agaçant dès le départ

FAQ

Proxmox VE est-il vraiment gratuit ?

Oui. Le cœur est sous licence AGPLv3 et le dépôt no-subscription est pleinement fonctionnel, sans aucune fonctionnalité verrouillée. Les abonnements payants achètent du support et le rythme de mises à jour Enterprise, pas des capacités en plus.

Peut-on faire tourner Docker directement sur Proxmox VE ?

Pas sur l’hôte lui-même ; la documentation officielle de Proxmox le déconseille explicitement. L’approche standard consiste à faire tourner Docker dans une VM, généralement sous Debian ou Ubuntu.

Faut-il IOMMU ou VT-d pour une installation Proxmox VE basique ?

Non. VT-d et AMD-Vi n’entrent en jeu que pour le PCI passthrough, c’est-à-dire confier un périphérique physique directement à une VM. Un hôte qui se contente de VM et de conteneurs LXC classiques, sans passthrough, n’a besoin que du flag de base VT-x/AMD-V, déjà présent sur la quasi-totalité des CPU modernes.

Quelle différence entre une VM Proxmox et un conteneur LXC ?

Une VM dispose de son propre matériel virtuel et de son propre noyau : isolation complète, n’importe quel OS invité. Un conteneur LXC partage le noyau de l’hôte et se limite à Linux, plus léger en ressources mais moins isolé.

Proxmox VE mérite son étiquette Avancé moins à cause d’une interface compliquée qu’à cause des notions qu’il présuppose : groupes IOMMU, backends de stockage, ponts réseau, une installation bare-metal qui ne pardonne pas un mauvais choix de disque. Une fois cette première configuration passée, il transforme une seule machine en labo NAS-plus-domotique-plus-tout-le-reste, ce qu’un simple hôte Docker ne deviendra jamais tout à fait. Notre guide d’installation homelab pour débutants couvre les choix matériels qui mènent jusque-là ; TrueNAS et Unraid, invités VM courants une fois le passthrough en place, sont couverts en détail ailleurs sur ce site ; OpenMediaVault aussi.